Un été au Kansai

Publié le par Olivia

Un été au Kansai
Auteur : Romain Slocombe
Editeur : Editions Arthaud
Date de publication : 02 septembre 2015
Nombre de pages : 370
ISBN : 978-2-0813-0079-8
Collection : Arthaud, l'Esprit Voyageur
Genre : Roman

 

Quatrième de couverture :

"En ces splendides jours d'été, comment imaginer qu'au-delà de l'horizon si bleu et calme, les flots sont souillés d'huile et de sang, les avions piquent et explosent, les corps noircis de mazout dérivent jusqu'aux plages paradisiaques pour y finir rongés par les crabes ? ..."
Friedrich Kessler a vingt-quatre ans lorsqu'il débarque au Japon en 1941, nommé à l'ambassade du Reich. Sa carrière de diplomate lui a évité d'être enrôlé dans l'armée. Amateur de jazz et des récits des Mille et Une Nuits, Kessler a voulu partir le plus loin possible... Les femmes s'intéressent à ce rêveur ; que ce soit la robuste Helma, épouse délaissée de l'ambassadeur, ou la jolie Hiltraud que ses collègues surnomment l'"infirmière SS". Mais les combats se rapprochent : Berlin, où vit la soeur de Friedrich, est déjà sous les bombes, Tokyo va brûler à son tour lors des grands raids américains du printemps 1945.

Portrait tragique d'une civilisation menée au désastre par le fanatisme de ses dirigeants, voyage initiatique d'un Occidental épris d'art et de philosophie, Un été au Kansai donne la parole aux vaincus de la Seconde Guerre mondiale, et nous interroge sur la possibilité du bonheur et du progrès dans un monde au bord de l'apocalypse.

 

Mon Avis : 

​Un été au Kansai est un roman épistolaire sur le Japon pendant la seconde guerre mondiale. Romain Slocombe écrit avec un style plutôt réaliste et simple. Il a effectué un minutieux travail de recherches parmi des lettres, des témoignages, des documents de presse et d’autres ouvrages. 

Friedrich Kessler est un allemand qui part s’installer au Japon dans la ville de Tokyo. Il travaille à l’ambassade du Reich au bureau de presse. Il écrit des lettres à sa sœur Liese une journaliste restée dans son pays. Friedrich est surnommé gaï-jin ce qui signifie un étranger littéralement « un homme du dehors ».

Il raconte à Liese les raids, la surveillance des ressortissants des pays alliés du Japon, les incarcérations des industriels soupçonnés d’espionnage au profit des soviétiques, les saisies de documents, les perquisitions, les arrestations tenues secrètes, les refuges aux abris, les fouilles, le retentissement des sirènes, les refuges antiaériens, les interrogatoires, les séries d’explosion, les bombardements.
Un petit détail, le quartier des ministères se nomme Tora no-mon qui signifie la porte du Tigre.

D’autre part, il raconte également à sa sœur l’hypocrisie et les rumeurs de l’ambassade, le paludisme, les alertes aériennes et les mobilisations. On se rend compte des changements et de l’évolution au fil des années avec la mobilisation des industriels, la fermeture des établissements de luxe et les différences de survie entre les diplomates et les civils en général.

Dans ses lettres, Friedrich parle aussi de ses vacances, de cinéma, de parties de tennis, de cocktails servis en écoutant du Bach ou du Couperin au piano et de ses amours. Il fera l’acquisition de plusieurs estampes de son artiste préféré, Hiroshige. Il s’informe par les journaux et la radio de l’avancée de la guerre en Allemagne et s’inquiète énormément pour sa sœur restée au pays. Il l’appelle affectueusement Lieselein qui signifie chère petite Liese. Il est tourmenté, angoissé et attend toujours de ses nouvelles. 

J’ai appris que les fleurs de Camélias peuvent être source de mauvais présage car elles sont liées à une superstition. Elles ressemblent à des têtes coupées quand celles-ci se détachent d’un coup faisant penser à la décapitation, pour un samouraï cela représente une mort infâme réservée aux vaincus.

Le degré des désastres s’amplifie au fil des pages correspondant avec l’avancée des armes utilisées année après année. C’est comme un long documentaire raconté par une personne sur les lieux, le narrateur Friedrich employant souvent la première personne du singulier rendant ainsi ce roman très réaliste et poignant.

Ce qui peut être surprenant c’est que Friedrich gardera et ne perdra jamais l’espoir de retrouver sa vie d’avant la guerre et de se marier un jour.
Les atrocités des bombardements et les descriptions dans la chair racontées suite aux bombardements sur Hiroshima sont abominables. 

Ce roman est donc bouleversant car il raconte le quotidien des civils japonais dans le tourbillon de la seconde guerre mondiale, les allemands et les japonais faisant ainsi entendre leur voix. Un été au Kansai donne l’effet d’un témoignage véridique, il m’a captivée et m’a fait pleurer. Je pense que ce livre rend hommage aux victimes de cette affreuse guerre.

Mon dernier mot sera cette citation tirée de la lettre du 11 mars 1945 de Friedrich à Liese :

« Je vais poser la plume ici. Je suis trop affecté par ce que j’ai vu, l’odeur de cendres et de corps brûlés me reste au fond des poumons. Ecrire ne fait que raviver tout cela, et ne contribue point à m’apaiser. Cette nuit encore je ne sais si je pourrai dormir. »

 

Un petit mot sur l'auteur :

Romain Slocombe, né à Paris en 1953, est l'auteur de Monsieur le Commandant (NiL Editions), un des plus grands succès de l'année 2011, traduit en cinq langues et qui figura sur la liste du Goncourt. Depuis, il a publié Première Station avant l'abattoir (La Seuil, 2013, prix Mystère de la critique, prix Arsène Lupin) et Avis à mon exécuteur (Robert Laffont, 2014, sélection du prix Interallié).

Source : quatrième de couverture.

 

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