Puisque réalisme il y a

Publié le par Olivia

Puisque réalisme il y a
Auteur : Philippe Hamon
Editeur : Editions La Baconnière
Date de publication : 21 août 2015
Nombre de pages : 352
ISBN : 978-2-94043134-2
Collection : Langages
Genre : Critique littéraire, essais 

 

Synopsis :

En 1857 Champfeury écrivait dans son essai Le Réalisme qu'il souhaitait « chercher les causes et les moyens qui donnent les apparences de la réalité aux oeuvres d'art ». A peu près à la même époque Flaubert parlait des nombreuses « ruses » subtiles que l'écrivain devait inventer pour faire vrai. Son fls spirituel Maupassant, lui, revendiquait pour l'écrivain réaliste l'étiquette, plus juste à ses yeux, d' « illusionniste ». Et Valéry indiquait, de son côté, un peu plus tard, que le « désir de réalisme » impliquait une « gymnastique » spécifique d'une certaine écriture. Le réalisme, variété donc d'un discours de manipulation. Un « faire croire ».

Ecrire le réel ne va pas de soi, et la mimesis, l'effet de réel doivent donc se fabriquer. Décrire les corps au travail, mettre en listes le réel, faire défiler le réel, peindre le dessus et le dessous, collectionner les reliques du réel, traquer le réel dans ses vibrations les plus intimes, dire le faux pour dire le vrai, voir le langage, mettre des détails, être sérieux, tels sont les motifs, déductibles de ce désir de réalisme, qui seront ici étudiés dans leurs conséquences dans l'écriture, dans la « gymnastique » et dans les multiples « ruses » de leurs mises en textes et en oeuvres.

Mon Avis :

"Puisque réalisme il y a" est un essai. En littérature un essai est une œuvre de réflexion portant sur les sujets les plus divers et exposée de manière personnelle, voire subjective par l'auteur. Contrairement à l'étude, l'essai peut être polémique ou partisan. C'est un texte littéraire qui se prête bien à la réflexion philosophique mais aussi à d'autres domaines : essais historiques, essais scientifiques, essais politiques etc.

L’auteur Philippe Hamon réunit dans ce recueil plusieurs articles publiés dans différentes revues et actes de colloques entre 1993 et 2014 dont vous trouverez les références à la fin du livre pour chaque chapitre. Le choix des textes étudiés forment le fil conducteur qui donne sa cohérence à l’ensemble.
Cet ouvrage est composé d’une introduction et de 12 chapitres.

Vous vous demandez peut-être la raison du choix de son titre ? Et bien "Puisque réalisme il y a" est une allusion à Baudelaire, à Champfleury et à Courbet. C’est le titre d’un article de Baudelaire qu’il a laissé à l’état de brouillon dont il avait l’intention d’écrire à propos de l’exposition des tableaux de Courbet en 1855.

Le but de cet ouvrage est d’étudier la manière dont est traitée et réalisée l’écriture d’œuvres littéraires diverses, de fictions et les conséquences stylistiques d’un désir de réalisme qui va produire des œuvres caractérisées par une sorte de gymnastique qui comprend le faux et le vrai.

L’auteur nous invite à la réflexion, à s’interroger, il argumente, il nous informe, analyse, critique, donne beaucoup de voix à son point de vue.

Le style de l’auteur est cohérent, précis, riche et fourni. La mise en page est très opportune, il y a de nombreuses annotations et références en bas de pages. Sous presque tous les titres de chacun des chapitres se trouve une citation en caractères gras en retrait à droite.


Voici un exemple :
III. Misère de la mimesis
Pourquoi cette imitation vaine ?
Pourquoi cette reproduction banale de
choses si tristes par elles-mêmes ? Misère !
Maupassant, Sur l’eau.


Mimèsis est un terme grec signifiant imitation, dont le sens a évolué au cours des siècles. Platon et Aristote emploient le mot mimèsis pour désigner les arts d'imitation, c'est-à-dire les différentes formes poétiques et la représentation du réel par la littérature. ...

Le chapitre X est mon préféré. Il s’agite de "Poésie et réalisme" . J’ai très apprécié les références poétiques et les divers extraits.
J’ai découvert la poésie sous une forme originale, le conte en vers comme "Dans un train de banlieue" "Le petit épicier" "Au jardin du Luxembourg" "Brune" "Croquis de banlieue" de Coppée. Ces poèmes sont appelés une fragmentation du réel en "choses vues" », en instantanés prosaïques, sortes de haïkaï réaliste parfois dépourvus de titres.

J’ai découvert que l’usage très fréquent de l’italique chez Stendhal et Flaubert signifie toujours la citation et la mise à distance d’une parlure empruntée "telle quelle" à la réalité.
Parlure est la manière de parler de quelqu’un, d’un groupe.

Cet ouvrage est destiné à un lectorat spécialiste du monde du littéraire, les professeurs d’école, les personnes de l’enseignement en général et surtout les étudiants qui retrouveraient ainsi un recueil complet et précis sur le réalisme. En fait, l’auteur a su démontrer comment composer le réel, mais surtout, composer avec le réel.

Mon dernier mot sera cette citation :

Il est aisé de dire et de dénoncer le faux, de prouver qu’un faux est un faux, il y a une objectivité et une réalité du faux. Je peux prouver que cet alexandrin est faux (s’il a treize syllabes), prouver que ce calcul arithmétique est faux, prouver que cette nouvelle est fausse, prouver qu’un billet de banque est faux. Mais il est plus difficile de prouver qu’on détient la Vérité, ou qu’on dit la Vérité.

 

Un petit mot sur l'auteur :

Philippe Hamon est né en 1940, il a fait des études supérieures à la Sorbonne et il est membre du conseil de rédaction des revues : Poétique, Les Cahiers Naturalistes, Romantisme. Plusieurs de ses articles ont été publiés en italien, en portugais, en néerlandais, et certains essais ont été traduits en arabe et en anglais.

 

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